Bouvard voulait faire en télé
Les Grosses Têtes
qu'il animait sur RTL. Plantage. Nino Monti, son réalisateur, lui
suggère " Pourquoi ne pas prendre des jeunes qui feraient
des improvisations ? " Bouvard n'y croit guère. Première
audition. À l'époque je n'y étais pas. Bouvard arrive.
"J'ai dix minutes, faites-moi rire. " Deux heures après, il
est encore là. "On tente le coup ! " C'était un pari
fou : les protagonistes étaient des inconnus qui, au départ,
improvisaient puis qui finalement travailleront les sketches pour gagner
du temps de tournage.
Un jour je reçois un coup de fil : Philippe Bouvard aimerait me
voir passer une audition. J'ai demandé à mon coauteur,
Didier Biosca, de faire quelque chose avec moi. À la seconde
audition, j'ai été retenue. J'ai joué le sketch
avec Jean-Jacques Peroni que Bouvard, producteur et décideur
principal, préférait à Didier. Mon meilleur attaché
de presse a été cette émission. Je faisais maintenant
partie de la troupe. Peroni, Lime, Michèle Bernier, Isabelle
de Botton, Michel Laguerrie, Didier Bourdon, Pascal Légitimus,
Bernard Campan, Yvan Burger, Seymour Brussel, Smaïn, Laspales,
Chevalier, Muriel Robin plus tard... Quelques têtes d'affiches
se détachaient.
On travaillait à deux, à trois, à dix, sans contrat,
payés au sketch. Nous pouvions partir du jour au lendemain. Philippe
Bouvard lançait les sujets que nous avions répétés
bien sûr. Il piochait dans une petite corbeille un papier plié
en quatre et il annonçait " Deux contractuelles discutent
sur le trottoir, ça intéresse quelqu'un ? " et nous
entrions en scène.
Ensuite, nous avons eu des invités vedettes : Coluche, Gérard
Jugnot, Christian Clavier, Jacqueline Maillan, Robert Hossein ... et
bien d'autres.

Un jour d'avril 1983, Philippe Bouvard nous annonce " Les enfants,
je vous mets cet été sur scène. On va faire un
spectacle dans un grand théâtre avec les meilleurs sketches. "
On a tenté l'expérience de monter un programme de deux
heures. Nous avons débuté au théâtre Saint
Georges, deux soirs par semaine, les dimanche et lundi. En mai.
Période réputée catastrophique en raison des grands
week-ends. Le succès fut total : nous avons fait un carton, malgré
la présence de l'émission à la télévision.
Quand le spectacle qui occupait la scène du théâtre
le restant de la semaine s'est arrêté, c'est tout naturellement
que Philippe Bouvard nous a demandé d'être sur scène
tous les soirs. Cela impliquait d'arrêter Elle voit des géants
partout. Ce que j'ai fait. Notre spectacle, fait de bric et broc,
connut un tel succès que lorsque nous avons dû déménager,
nous sommes passés à l'Eldorado qui compte mille deux
cents places. Tout cela, sans publicité.
Nous étions sur les rotules : enregistrement, déplacement
en province, scène, écriture, répétition...
Impossible de faire quoi que ce soit d'autre. La lassitude des idées
et de l'écriture s'installait. Les Inconnus furent les premiers
à partir.
J'ai quitté Bouvard progressivement et définitivement
en mars 1985. J'avais très envie de faire un one-woman show dans
des conditions différentes de celles du café-théâtre.
